Projet scientifique

Notre équipe de recherche est héritière d’une double tradition intellectuelle au sein de l’Université Libre de Bruxelles.

Dabord, celle de l’École de Bruxelles d’Argumentation issue de la pensée et des travaux de Chaïm Perelman qui a réinvesti les études sur l’argumentation à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Cet héritage se déclare explicitement d’inspiration aristotélicienne. Cela implique qu’il assume une conception de la rationalité des discours qui se veut ouverte. Elle entend dépasser le normativisme de Platon, mais aussi tenir compte des conséquences éthiques et épistémologiques des pratiques de l’argumentation. Elle considère toujours la notion aristotélicienne de genres comme pertinente, même si elle cherche à en questionner constamment les catégories à l’aune des différentes institutions dans lesquelles sont produits les discours. Elle s’intéresse de près à la mise en œuvre des trois preuves techniques – ethos, pathos, logos en cherchant tout particulièrement à étudier leurs interactions du point de vue du dilemme rhétorique entre validité et persuasion. À ce titre, un intérêt spécifique est porté aux théories de la fiction, à la fonction narrative et au raisonnement abductif. Elle cherche en outre à questionner de nouveau le statut des preuves extra-techniques, notamment le témoignage qui constitue un champ d’études très vivace aujourd’hui. Cet héritage aristotélicien avait, en son temps, été revivifié par Chaïm Perelman dans une réflexion concernant la rhétorique à l’ère des Droits de l’homme, engageant un développement spécifique sur la notion d’ »Auditoire universel”.

Ensuite, comme groupe de recherche en linguistique, le GRAL participe du dernier tournant pris par les études en argumentation, dont la méthode a été fondamentalement revue par les avancées de la linguistique depuis les années soixante. Désormais, l’argumentation est vue comme l’une des fonctions supérieures du langage, qu’il convient d’étudier comme telle.

Les méthodes d’analyses de corpus, les travaux de sémantique et de pragmatique, de sciences cognitives et d’anthropologie linguistique permettent de repenser les études classiques d’une façon particulièrement féconde. L’étude des connecteurs argumentatifs, celle de la polyphonie, des actes de langage, mais aussi du statut logique, discursif et générique des macro-structures de l’argumentation sont des outils nécessaires à la compréhension de phénomènes qui présentent, la plupart du temps, un très haut degré de finesse.

Mais le GRAL a aussi l’ambition de travailler sur un mode ouvert et résolument interdisciplinaire, en éclairant sa réflexion par l’apport constant d’autres disciplines qui touchent aussi directement à l’étude de la rhétorique et de l’argumentation. L’histoire de la rhétorique y occupe une place prépondérante. Mais le droit, la philosophie politique, la psychologie, l’anthropologie, la philosophie morale, la bioéthique, la littérature et la philosophie de l’esprit alimentent en permanence notre recherche qui, tout en se réclamant de la linguistique, tient résolument à dialoguer avec d’autres disciplines.

En bref, le GRAL cherche à contribuer aux études rhétorico-argumentatives, à comprendre les pratiques actuelles de cette ancienne fonction du langage, telle qu’elle est mise en oeuvre et en application dans les sociétés d’aujourd’hui, avec leur vision du monde et leurs institutions.

Emmanuelle DANBLON

Responsable scientifique
Email : edanblon@ulb.ac.be